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Stanford Prison Experiment

Lord Vlad Réflexions 2022-03-27
Avec une source !


Vous avez certainement entendu parler de la Stanford Prison Experiment ? Si vous savez ! Cette expérience sociale dans laquelle des étudiants étaient enfermés dans une cave, certains jouaient des gardiens, les autres des prisonniers et tout ce beau monde se serait superbement pris au jeu, jusqu'à développer une réelle cruauté chez les gardiens... ce qui tendrait à démontrer que nous sommes profondément influencés par les rôles que l'on nous donne.

Vous voyez que vous en avez entendu parler !

Avez-vous par contre, entendu dire que cette expérience a été trafiquée ? Que c'est une fraude avec presque aucune validité scientifique ?

Cet article long et en anglais explique en grand détail en quoi, pourquoi et comment l'expérience a été truquée, ce n'est pas ce dont je veux parler.

Cette conférence avec l'auteur du livre cité dans l'article, Thibault Le Texier, est probablement plus accessible, car en français. Si vous voulez la version complète, achetez son livre, je suppose.

Ce dont je veux parler ce sont les raisons psychologiques et idéologiques pour lesquelles vous n'avez pas entendu parler de ces recherches et de ce livre qui montrent tout cela comme l'imposture que c'est, bien qu'en plus de quatre ans, l'information a eu plus que le temps de se diffuser.

Bon, outre l'immobilisme inhérent à ce genre de choses. Il est plus simple de changer l'entierté de l'ordre géopolitique d'un pays que ses manuels scolaires. Les auteurs de ce genre de bouquins n'ont pas vraiment le devoir d'être au courant des dernières recherches ou de vérifier quoi que ce soit, finalement... Donc, on pourra bien attendre cinquante ans avant que ceux-là ne se rendent compte de la fraude.

Essentiellement, la Stanford Prison Experiment raconte une histoire que beaucoup d'entre nous veulent croire. Celle que l'habit fait le moine, que quiconque, pour peu que l'on s'y prenne correctement, prendra les attitudes et fera ce que demande le rôle dans lequel on le place.

Le long article cité plus haut le pointe assez justement du doigt également. Car cela nous dédouanerait logiquement de la plupart des responsabilités de nos actions. Cette vision que l'on ait été forcé dans un rôle et que notre environnement nous a façonné, manipulé comme une marionnette, que n'importe qui à notre place aurait fait exactement pareil, fait remonter la responsabilité à celui qui donne les ordres, sinon à la situation, impersonnelle.

Ce sont ces défenses mille fois entendues "Je ne faisais que mon travail." et "C'est la faute de la société." qui sont clichés respectivement, des bourreaux et des délinquants. Mais aussi le "Sinon moi, quelqu'un d'autre l'aurait fait à ma place." d'un traître sans cœur, si vous savez à quoi je fais référence...

C'est l'histoire mille fois fantasmée par ceux qui n'y connaissent rien en jeux vidéos et en jeux de rôles, des jeunes qui se perdent dans l'univers fantastique du jeu et commencent à confondre la réalité et la fiction. Ou que les jeux vidéos avec des armes à feu causent des tueries de masse. Mais jamais étrangement, que la méthode Stanislavsky de préparation des acteurs, rend ces derniers fous, les faisant se prendre définitivement pour le personnage en question.

Or comme la sagesse populaire, vieille de plusieurs siècles vous le dira, c'est fondamentalement faux. Non seulement l'habit ne fait pas le moine, mais la Stanford Prison Experiment elle même, avec un regard honnête sur les données, montre tout autre chose. Déjà sur neuf gardes, alors même que les expérimentateurs faisaient tout pour les pousser à être dur et presque à la faute, un seul a été violent. Et du côté des prisonniers, les crises de nerf ont surtout été feintes pour sortir d'une expérience dans laquelle ils étaient réellement enfermés, car les expérimentateurs refusaient de les faire sortir à moins d'un problème médical, comme la dépression nerveuse. Personne ne s'y est cru bien longtemps et les conclusions de cette étude sont franchement malhonnêtes.

Je voudrait juste apporter une nuance à la démonstration que l'expérience est passée dans les médias aux moments clefs l'ayant rendue populaire et polarisante auprès du grand public. Ce n'est pas tout ce qui l'a fait rester dans les mémoires. Après tout, il passe souvent dans les médias un grand "philosophe" dont personne ne prend, finalement, les thèses fort au sérieux. Il sera plus resté dans les mémoires à cause de sa dégaine et de ses entartages relativement fréquents. Les médias ont une grande influence sur la mémoire des masses, mais pas assez pour rendre immortel ce qui ne parle à personne.

Le narratif, c'est aussi que les choses sont ce qu'elles ont l'air d'être. Les gardiens de prison, après tout, sont de cruels tortionnaires, les prisonniers font peut-être les durs à l'extérieur, mais en prison, ils ne font pas tant les fiers et ne peuvent souvent que subir les sévices des gardiens et éventuellement des autres prisonniers. Et le biais de confirmation rend cela très attrayant.

Sinon le personnage de Mitama Mayo, dans Adieu Professeur Désespoir n'aurait aucun sens. C'est une fille qui a l'air méchante, congénitalement, quoi qu'elle fasse et se révèle finalement aussi méchante qu'elle semble l'être. La blague de l'épisode qui la présente est intégralement basée sur cette distinction et son nom même est un jeu de mot là dessus.

Ce qui fait éventuellement de nous des monstres, c'est... nous-mêmes. En nous convainquant que nous agissons pour une cause juste. Nous voulons toujours être le héros de notre propre histoire. “Je suis étonné par la facilité avec laquelle j'ai pu éteindre ma sensibilité et mon tracas pour les autres pour une 'bonne cause'” disait Jaffe, le second en commande dans l'orchestration de cette fraude. Cependant, même cela prends une bonne quantité de prédisposition et la majorité tentera toujours d'agir de manière somme toute, assez compassionnelle.


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