Carthage : Prologue

Lucidiot Écrits 2018-04-12
De retour pour la suite de Vacances avec une courte introduction.


Lorsqu'on communique avec d'autres personnes, il y a des choses auxquelles on s'attend en réponse ; à une question fermée, on s'attend à un « oui », un « non », ou éventuellement un « peut-être » ou un « je ne sais pas », mais certainement pas à un « j'ai mangé du gloubi-boulga ce matin ». On se rend vraiment compte de l'utilité de prévoir la réponse en avance quand on a des difficultés à communiquer, par exemple quand on parle dans une langue étrangère ou en voix sur IP avec une connexion mauvaise ; on aura beaucoup plus de mal à comprendre une réponse inattendue, mais plus de facilité à en comprendre une qu'on aura prédit.

Si on arrive ainsi à prédire des paroles, il en va de même pour certains gestes, ou certains comportements. En fait, nous sommes capables de prédire la majorité de notre environnement. Cette prédictabilité est à l'origine d'un bon nombre de cours de communication, où on commence à s'adapter aux attentes, aux prédictions de l'interlocuteur. On va donc jusqu'à prédire les prédictions elles-mêmes.

Il existe de nos jours une branche entière de la recherche sur les intelligences artificielles consacrée à l'utilisation de cette prédictabilité, le machine learning. Les réseaux neuraux sont souvent plus à même de se tromper dans la détection d'images comprenant des éléments inattendus ; un humain tenant un chien dans ses bras à l'intérieur d'une maison sera correctement identifié, tout comme un humain tenant une chèvre dans ses bras en extérieur, mais pas un humain tenant une chèvre à l'intérieur, parce qu'on ne s'attend pas à voir une chèvre en intérieur.

Aujourd'hui, le gros du travail des chercheurs en intelligence artificielle se résume donc à prévoir l'improbable. Mais si on y réfléchit, on se rend compte qu'on pourrait faire de même dans le domaine de la psychologie ; comment un humain pourrait-il être capable de prévoir ce à quoi il ne s'attend pas ?

La réaction de la plupart des personnes face à de l'inattendu est de l'incompréhension ou de l'étonnement. Mais contrairement à un programme, qui donnera une réponse quoi qu'il arrive et même si elle est farfelue, les humains réagissent ainsi quand ils comprennent que ce qu'ils ont devant eux n'est pas logique, d'après leurs précédents apprentissages. Lorsqu'un humain persiste à interpréter comme il le peut, on peut arriver à une situation de quiproquo.

La logique humaine nous permet parfois de reconnaître et d'éviter certains de ces quiproquos, ou d'en faire des pièces de théâtre ou d'autres types de scénarii ; un bon nombre de comédies se basent sur de telles situations pour créer des péripéties cocasses, ou font reposer l'ensemble de leur intrigue sur un quiproquo.

En considérant que la recherche scientifique finira bien un jour ou l'autre par répondre à toutes les questions que la science se pose, il arrivera un jour où l'on deviendra capables de développer une intelligence artificielle qui ne fera plus que simplement imiter du langage naturel comme le font les assistants personnels de nos téléphones portables, mais qui pourra analyser son environnement aussi bien qu'un humain, et le prédire tout autant.

Ce type d'intelligence artificielle, qualifiée de « forte » par les chercheurs du domaine en raison de sa capacité à s'adapter à de nouvelles situations et à de nouveaux besoins, soulève un grand nombre de questions éthiques, mais il permet également de s'interroger sur la nature humaine. Ne sommes-nous pas tout simplement des ordinateurs, avec une architecture très particulière en cellules et matériaux organiques ?

De telles intelligences artificielles seraient capables de prédire avec certitude le comportement de chacun d'entre nous. Quelle est alors la définition de la conscience ? On pourra toujours affirmer qu'en tant qu'être pensant, je suis doué de conscience, mais si toutes les personnes autour de moi sont des ordinateurs, alors je dois pouvoir en prédire intégralement le comportement, et il n'y aura alors plus de véritable conscience en eux.

Voilà qui amène donc à ma théorie ; je suis la seule conscience en ce monde. Si tout le reste est prédictible, alors on peut influencer le monde. Si tout le monde n'est qu'un ordinateur, alors on peut piloter et programmer tout le monde à sa guise.

Tout ce qu'il me reste à faire, c'est le démontrer. Et pour cela, j'ai de quoi transformer le monde en un bac à sable.


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Maître Shaolin de Brainshit. À la fois timide ou manquant de confiance et égocentrique ou narcissique, est un paradoxe psychologique et un aliéné aliénable. Étudiant en développement informatique et poussant son paradoxe jusqu'à apprécier à la fois Windows 98 et Windows 8.1 ou un terminal Linux et GNOME. Procrastinateur (sous-type successtinator) invétéré doublé d'un TDA/H et grand amateur de nourriture peu recommandable.


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