L'intelligence et le QI

Lord Vlad Réflexions 2018-07-29
On dénigre souvent le QI un peu vite.


"L'homme tient pour intelligence l'usure de ses facultés d'imagination." Louis Scutenaire

Sauf que non. Je voulais commencer un article par une citation, ça fait intelligent, mais j'aurais dû mieux choisir, parce que, désolé Louis, mais tu as totalement faux. Dans ton milieu artistique c'était peut-être le cas, mais pour l'humanité en général, il y a plein de façons de voir l'intelligence et c'est justement le sujet de cet article. Quelle surprise !!!

Pour ma part, je dirais avant toute recherche préalable que l'intelligence est "la capacité à traiter des informations mentalement pour produire un résultat utile". L'imagination n'est qu'une partie de cette définition.

Maintenant essayons de nous donner tort en voyant ce que les gens plus sérieux (sociologues, psychologues, etc.) pensent du sujet de l'intelligence.

Pour commencer, détruisons un mythe : le mot intelligence sert à désigner une seule et unique caractéristique, si possible. Il n'y a pas de nombreux types d'intelligence, comme l'intelligence émotionnelle, l'intelligence spatiale, l'intelligence pratique, l'intelligence analytique, l'intelligence supracybernétique ou que sais-je. Je suis coupable d'avoir rependu le mythe étant plus jeune, mais je me repends aujourd'hui et je montrerai cet article à ceux que j'ai mal informé. Aussi je reviendrai là dessus car il n'y a pas de viande fumée sans feu et même si ces termes ne sont pas des types d'intelligence, ce sont pour la plupart des caractéristiques humaines décrites par un autre terme, plus clair.

Comme tout chercheur précis et clair, nous allons donc devoir essayer de définir ce qu'est l'intelligence pour pouvoir en discuter sérieusement. Malheureusement, il n'y a pas de consensus scientifique sur une définition de l'intelligence, donc on va devoir creuser un peu. Globalement, nous allons essayer de définir l'intelligence par comparaison entre les gens qui réussissent bien, autant dans l'éducation primaire, que secondaire, que supérieure et sur le marché du travail, en comparaison avec ceux qui réussissent moins bien et en essayant d'évacuer tous les autres facteurs. Bien sûr cela s'appuie sur des prémices que l'on peut considérer plutôt biaisées, on peut être très bête et réussir parfaitement dans le monde du travail, sans le moindre diplôme, en étant au bon endroit au bon moment et en bossant plutôt correctement, mais cela est l'exception, pas la règle. De même, quelqu'un de brillant peut avoir de piètres résultats en cours et dans le monde du travail et cela changera la donne quelque peu. Cependant, on peut constater que les travaux qui ne requièrent aucune intelligence, juste de la force, ou un travail répétitif ultra simple, sont généralement mal payés et considérés : cela va exactement dans le sens de notre analyse.

L'idée est que nous allons prendre les gens qui ont réussi et ceux qui ont raté, les soumettre à tous les tests que l'on peut imaginer pour déterminer tout ce que l'on peut sur leur psyché, puis mettre en commun les éléments qui permettent le mieux de prédire si un individu va réussir ou pas et dire que c'est désormais ce que l'on va mesurer et appeler ça être intelligent. C'est toute l'idée des tests de QI.

Quoi que l'on en dise, le QI est de fait juste un chiffre mesuré à un moment donné, avec tous les biais et les imperfections que le test en lui-même peut contenir, mais ce chiffre est le meilleur prédicteur de réussite scolaire et professionnel dont nous disposons. Il a un pouvoir prédictif significatif dans plus ou moins 25 % des cas, ce qui est immense. Imaginez si vous aviez un tas d’œufs fécondés et si vous pouviez prévoir avec 25 % de précision lesquels feront de bonnes poules pondeuses... D'accord, là vous ne voyez pas l'intérêt, mais vous n'avez jamais géré d'exploitation aviaire !

Pour en revenir aux différentes formes d'intelligences, c'est en réalité une des grandes problématiques sur la question, ce que je vais dire est clairement sujet à débat, mais reste assez bien établi pour que l'on ne puisse pas l'ignorer. Premièrement, au sein d'une même personne, il y a possiblement de grandes différences de score aux tests des différentes capacités cognitives (sauf si vous êtes Hito Nami et que vous avez la moyenne partout). Cela peut suggérer qu'il n'y a pas de rapport entre les différentes capacités cognitives. Cependant, même avec de grandes variances, il semble quand même y avoir des éléments communs, qui sont plus ou moins ce que les tests de QI essayent de quantifier. Honnêtement, sans parler de trisomiques ou d'autistes, qui sont parfois surprenants, avez-vous déjà rencontré une personne qui ne sait rien faire de sa tête SAUF compter avec une précision, une rigueur et une continuité extrême ? Ou juste déduire un plan de coupe dans un cube à partir de points dessinés à sa surface ?

Je comprends qu'il est difficile pour des gens très idéalistes ou très prompts à la compassion d'admettre que certaines personnes ont des capacités cognitives très limitées (que l'on est tout à fait capable de le mesurer) et que l'on est pas égaux là dessus (la génétique jouerait de l'ordre de 50 pourcents dans la détermination du QI, le reste étant lié aux facteurs extérieurs). Ils ne sont pas intelligents différemment, ils sont limités, voire stupides. Il est important de le dire car ajouter d'autres sens au concept de "l'intelligence" ne peut qu'obscurcir son sens déjà incertain !

Par exemple, l'intelligence émotionnelle, c'est en réalité ce qu'on appelle l'amabilité, la tendance d'une personne à être coopérative et à éviter le conflit. Si l'on décide que c'est une forme d'intelligence, cela revient à dire que ceux qui sont compétitifs sont bêtes. Même si l'on le prends dans un autre sens et que l'on le défini comme... la capacité d'établir correctement et fréquemment des contacts sociaux ? Ça s'appelle l'extraversion, et le définir comme ça suggère que les introvertis sont bêtes. On ne peut pas définir le terme "intelligence émotionnelle" sans tomber sur un autre principe bien défini en psychologie, ce terme est donc redondant et ne devrait pas être utilisé. Point final. (Ok, ce cas est particulier, car le terme a effectivement été utilisé dans des recherches, mais il a surtout été popularisé par un contexte particulier aux USA et la recherche d'un nouveau et meilleur prédicteur de réussite sociale que le QI... cela va sans dire que ce n'est pas du tout le cas)

Autre exemple, l'intelligence morale, c'est... juste le "Ça" Freudien, qui a donné place bien sûr à des concepts plus avancés en psychologie, même idée, c'est redondant. De plus, en quoi est-ce particulièrement différent de, par exemple, l'intelligence utilisée pour résoudre un problème mathématique simple ? On a un problème moral sous les yeux, on essaye de se rappeler des règles morales apprises, on décide si elles s'appliquent, puis dans quelle mesure, puis on les suit et l'on arrive à un résultat. Remplacez moral par mathématique, même utilisation. Puis-je coucher avec ma sœur ? Non. 2 + 2 ? 4 Prouvez-moi que j'ai réfléchi de manière fondamentalement différente. Vous avez 4 heures.

Tout ce que mesure un psychologue n'est pas une forme d'intelligence. Du moins en psychologie, on a décidé, arbitrairement, de ne pas tout appeler "intelligence". En réalité c'est même bénéfique de ne pas associer ces concepts avec l'intelligence. L'intelligence n'a aucun rapport avec la gentillesse, l'empathie, le scrupule, etc. On peut trouver quelqu'un de très intelligent qui manque cruellement de ces autres qualités, ou quelqu'un de très bête qui en est doté. L'intelligence n'est pas la seule mesure de la valeur d'un individu, même si c'est un bon prédicteur de réussite professionnelle. Dire le contraire équivaudrait à dire notre valeur humaine est proportionnelle à notre salaire, ce qui est ignoble et manifestement faux.

Bref, il semble que ma définition de l'intelligence n'était pas si mal. En effet, si notre meilleure mesure de l'intelligence est surtout un outil pour prévoir la réussite dans la vie, c'est bien que l'intelligence sert à produire un résultat utile... je pense.


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