Vacances, chapitre 6

Lucidiot Écrits 2018-03-14
Les choses avancent vite.


Nous n'avons rien constaté d'anormal suite à notre périple à l'île Seguin. Nous avons cherché durant quatre intervalles de cinquante-et-une minutes, soit deux flashs, et il n'y a pas eu le moindre incident. Un calme tellement inhabituel au vu des événements de ces dernières heures ; peut-être un calme avant une tempête.

Une forte rafale de vent me fait peur, croyant que les auteurs de ces phénomènes entendaient mes pensées et auraient pris mon expression au pied de la elttre. Mais ce ne fut vraiment qu'une rafale de vent ; le vent reprit son état de légère brise nocturne alors que j'étais appuyé contre une barrière du pont Daydé, contemplant la Seine et tenant dans ma main gauche mon talkie-walkie.

J'attends patiemment que mes deux comparses me signalent s'ils ont quelque chose ; je n'ai rien eu, pas même un signal, une présence étrange, ou un quelconque mauvais pressentiment.

Dix-huit heures et quarante-trois minutes. D'ici quelques instants, nous serons de nouveau aveuglés, et c'est le bon mot quand un gros flash blanc vous envahit en pleine nuit. Valou prend la parole, illuminant mon talkie pour indiquer une communication entrante. Il m'appelle, mais ses paroles sont bloquées par ce qui semblait être une communication numérique provenant d'un émetteur plus puissant. Et un flash blanc nous éblouit comme prévu à ce moment.

Samedi vingt-quatre décembre, dix-sept heures cinquante-trois, heure de Paris, période post-flash. Je me retrouve dans une rue un peu paumée, et j'ouvre mon application de GPS pour me localiser. Je rallume mon talkie-walkie et entends aussitôt Valou et Rémi m'appelant. Je réponds, indique ma position, et nous nous rejoignîmes finalement à notre chambre d'hôtel. Rémi et moi avions entendu la communication étrangère, mais pas Valou puisqu'il transmettait.

Nous nous munissons donc de nos casques et écoutons les enregistrements d'exemple proposés sur les pages dédiées à l'identification de signaux radios sur Internet. Rémi, qui avait commencé par la fin de la liste pour que nous allions plus vite, pense que ce que nous avons entendu est du Packet Radio. J'écoute à mon tour et je n'ai pu que confirmer.

Valou se mit donc à nous dire quoi faire pour que nous mettions en place de quoi capter le signal. Si ce signal est lié aux flashs, nous ne pourrons l'analyser que pendant peut-être une seconde, et si c'est bien du Packet Radio, le logiciel de réception sur l'ordinateur portable de Valou nous l'analysera au plus vite.

Samedi vingt-quatre décembre, vingt-deux heures cinquante-neuf, période post-flash. Nous nous empressons d'écrire tout ce que nous avons retenu après ce sixième flash en regardant les indications du logiciel. Nous finissons enfin par reconstituer le message ; une trame en IPv6 provenant d'une adresse associée à personne sur Terre et à destination de tout le monde, ce qui ne nous aidera pas beaucoup, mais transmettant en UDP un message encodé selon le standard américain et se traduisant en « SCIPIO ».

Nul besoin de plus de détails pour savoir où aller. Nous comparons quelques cartes et infographies de l'usine pour pointer les coordonnées GPS de là où nous pensons que se trouve la cage d'ascenseur de Code Lyoko, et je dégaine ma trottinette, mon GPS de randonnée et mon blouson alors que nous fonçons vers l'île Seguin pour tenter de voir ce qu'il se passe là-bas dans les quatre-vingt-dix-sept minutes avant le prochain retour vers le passé.

Nous traversons le pont Daydé, et faisons se glisser une des barrières constituant le grillage qui nous empêche de passer, pour accéder à une zone pas encore reconstruite ; la Seine musicale n'est qu'un bâtiment occupant une partie de l'île, presque tout le reste contient encore les restes de la démolition de l'usine.

Nous longeons, le bord, lampes éteintes pour ne pas nous faire remarquer, et nous apercevons au loin un Zodiac de la brigade fluviale. Nous nous couchons au sol et attendons plusieurs minutes. Nous nous relevons ensuite lorsque nous eûmes la certitude d'être hors de portée, et reprîmes notre chemin, jusqu'à trouver une grande bâche grise semblant recouvrir un trou, scotchée au sol par du ruban adhésif orange.

Nous ne perdons pas de temps et l'arrachons tout simplement. Je replie ma trottinette et la mets sur mon épaule avec sa sangle après avoir pu observer une familière cage d'ascenseur éclairée de néons et disposant d'une échelle. Nous descendons l'un après l'autre l'échelle, et après quelques minutes de descente, nous atteignons une familière porte métallique verte fermée à l'aide d'une sorte de super-pince se terminant en un arc de cercle et serrant un assez gros système de serrure.

Rémi, qui était descendu en premier, était au plus près de la porte, et cherchait un moyen de l'actionner. Il aperçut une manivelle rouge, bien trop rouge pour être vêtuste, sur le bord gauche de la porte. Après nous l'avoir montrée, et après un certain temps de réflexion, il décida de se suspendre au bord du dernier barreau de l'échelle, n'étant plus tenu qu'à la force de ses bras.

Il pendouilla pendant quelques instants, ce qui ne fit qu'accroître très fortement ma peur déjà assez élevée suite à la présence de ce grand vide en dessous de nous. Rémi a ensuite réussi à appuyer son pied droit sur le rebord d'une plaque métallique, peinte avec des rayures jaunes et noires en diagonales et ornant la porte.

Rémi prend une grande inspiration, regarde attentivement le placement de son pied droit, et lâche l'échelle. Son pied tombe sur le rebord de la porte, et il s'accroche aussitôt aux crocs qui tiennent la serrure. Il déplace son autre pied sur le même rebord, pour se mettre dans une position moins inconfortable, et commence à se déplacer horizontalement. Je commence à avoir un peu le tournis en regardant en dessous de moi, et la trottinette commence à peser sur mon épaule, alors je relève ma tête et j'attends.

J'entends finalement un grincement et un cliquetis, suivi d'un léger cri de Rémi qui n'avait visiblement pas prévu de perdre les points d'appui de ses mains lorsque la serrure circulaire se déboîta, fit un quart de tour après avoir vu les rainures qui la parcourent être couvertes d'arcs électriques, puis que les crocs se desserrent et que la porte s'ouvre, le tout dans un grand bruit métallique qui me fit me demander si quelqu'un n'allait pas rapidement nous entendre.

Rémi nous fit signe de descendre, nous aidant à rentrer dans la salle ainsi ouverte, et nous pûmes prendre connaissance de notre environnement. Les mêmes plaques métalliques imparfaitement placées laissant des rainures au mur, comme sur la porte, quelques blocs de câbles très épais au sol et un amas de câbles et de plomberies auquel se raccorde un terminal à quatre écrans, et un clavier old-school, le tout éclairé par la lumière verdâtre d'un système holographique projetant un globe en fil de fer contenant un monde virtuel constitué de quatre secteurs en étoile autour d'un cinquième. Pas de doute, nous ne pouvons être nulle part ailleurs que devant le pupitre de commandes du supercalculateur de nos rêves.

Le système holographique, connu de nous en tant qu'holomap, étant actif, j'en déduis que le supercalculateur est déjà allumé. Nous allons donc nous diriger vers le fauteuil vintage devant le terminal, et se lance alors un débat pour savoir qui sera notre Jérémie.

Valou s'installa finalement aux commandes, puisque nous ne sommes pas arrivés à un consensus et qu'il en avait un peu marre. Rémi et moi allions aussitôt protester, mais nous nous sommes immédiatement calmés quand nous entendîmes le bruit du démarrage du pupitre de commandes. Exactement comme dans le dessin animé, l'interface du Supercalculateur s'initialise devant nos yeux ébahis, et puis... rien. Valou avait, et c'était compréhensible vu la situation, peur de taper quoi que ce soit, sachant d'expérience qu'appuyer sur la moindre touche peut déclencher tout et n'importe quoi, comme une décapitation temporaire d'un humain virtualisé sur Lyoko.

Fort heureusement pour nous, un terminal que nous connaissons mieux s'ouvre, et nous sommes assez étonnés de voir le symbole du dollar à côté duquel un curseur clignote. Un terminal Linux, ce serait tellement banal pour un serveur ou un supercalculateur d'origine humaine, mais pas pour un truc de dessin animé où du PHP et du code C sont utilisés pour représenter des lignes de code au hasard sur un écran.

Après un peu d'analyse, nous avons pu déterminer que nous avons donc un téraoctet de mémoire vive, et que la pile nucléaire est presque neuve, avec seulement deux pourcents de son énergie utilisée et une autonomie estimée à cinq ans sans période d'hibernation. En tapant de la magie noire de ligne de commande, nous finissons par localiser entre autres les programmes de virtualisation et de recréation de Lyoko.

Tandis que Valou et moi nous entraidons pour faire usage de nos compétences ancestrales en sorcelleries Linuxiennes pour trouver ce qui nous intéresse le plus à l'heure actuelle, à savoir l'origine de ces flashs, Rémi, qui ne comprend rien à ce qu'on fait, retourne redéclencher le levier rouge lorsqu'il commence à entendre du bruit en haut. Visiblement, on n'a effectivement pas été discrets. Il va falloir faire vite.

La porte se verrouille à nouveau et nous finissons par trouver un programme de super-scan, que nous exécutons et qui ne nous indique rien. Je pense donc à aller farfouiller dans les logs, si tout ce bazar tourne vraiment sous Linux alors on doit bien avoir des logs exploitables.

Les logs nous révèlent que le supercalculateur capte bien le code Scipio envoyé par Packet Radio et semble enclencher un retour vers le passé, suivi d'une grosse quantité d'erreurs et d'avertissements incompréhensibles liés à des programmes dont nous n'avons aucune connaissance.

Le Kadikeon, une petite fenêtre en bas à droite de l'écran principal nous affichant les images de caméras de surveillance, ne montre plus qu'une seule caméra, les autres ayant été détruites lors de la démolition de l'usine, et nous pouvons y constater que des hommes semble-t-il en smoking et avec des lunettes de soleil, un bien étrange choix vestimentaire au milieu d'une nuit d'hiver, sont en train de descendre l'échelle.

Je fis une pause durant quelques secondes, avant de demander à Valou de sortir son laptop et son talkie-walkie tandis que je branche une clé USB au terminal et m'installe aux commandes. Il ne comprend pas trop mais s'exécute, et finit par esquisser un sourire en me voyant taper des commandes.

Une fois ma manœuvre terminée, j'ordonne à Valou de déclencher le code Scipio. Il activa donc son talkie et prépara sa transmission, tandis que Rémi essaie de me questionner sur mes intentions.

Trop tard pour répondre ; un doux bruit strident d'émission numérique se fait entendre, les jauges d'utilisation des ressources du supercalculateur s'épuisent. Après quelques instants, alors que nous entendons la mécanique de la porte se réenclencher, un flash se déclenche, en ce samedi vingt-quatre décembre à vingt-trois heures et cinquante-cinq minutes, heure de Paris.


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Maître Shaolin de Brainshit. À la fois timide ou manquant de confiance et égocentrique ou narcissique, est un paradoxe psychologique et un aliéné aliénable. Étudiant en développement informatique et poussant son paradoxe jusqu'à apprécier à la fois Windows 98 et Windows 8.1 ou un terminal Linux et GNOME. Procrastinateur (sous-type successtinator) invétéré doublé d'un TDA/H et grand amateur de nourriture peu recommandable.


Commentaires

Fffffffffffffffffluffy, 2018-03-15

Mmmh ça m'intéresserait de savoir qui sont ces gens, et aussi avoir plus d'informations sur le projet Carthage.